Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret (2005)

La ville du Havre, au bord de la Manche en Normandie, a été lourdement bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. La zone détruite a été reconstruite entre 1945 et 1964 d’après le plan d’une équipe dirigée par Auguste Perret. Le site forme le centre administratif, commercial et culturel du Havre. Parmi les nombreuses villes reconstruites, Le Havre est exceptionnel pour son unité et son intégrité, associant un reflet du schéma antérieur de la ville et de ses structures historiques encore existantes aux idées nouvelles en matière d’urbanisme et de technologie de construction. Il s’agit d’un exemple remarquable de l’architecture et l’urbanisme de l’après-guerre, fondé sur l’unité de méthodologie et le recours à la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame modulaire, et l’exploitation novatrice du potentiel du béton.

Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret
Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret

Justification d’inscription

Critère (ii) : Le plan de reconstruction d’après-guerre du Havre est un exemple exceptionnel et une étape importante de l’intégration des traditions urbanistiques à une mise en œuvre pionnière des développements modernes qui se sont produits dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme.

Critère (iv) : Le Havre est un exemple d’après-guerre exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture, basé sur l’unité de la méthodologie et sur le système de la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame à module et l’exploitation novatrice des potentiels du béton.

Description longue

Le plan de reconstruction du Havre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale offre un remarquable exemple de combinaison de traditions d’urbanisme avec des conceptions d’avant-garde dans le domaine de l’architecture, de la technologie et de l’urbanisme. Il se fonde sur l’union de la méthodologie et de la préfabrication, sur l’application systématique d’une grille modulaire et sur l’exploitation innovante des possibilités offertes par le béton.

Située à l’embouchure de la Seine, la ville du Havre a toujours été un point d’accès stratégique à l’intérieur des terres, vers Rouen et Paris. Du fait de la présence de l’estuaire et de ses marécages, la décision d’y fonder un port maritime pour Rouen ne fut prise qu’en 1517. Le port prit de l’importance avec la découverte de l’Amérique, et François Ier commandita à l’architecte siénnois Bellarmato, en 1541, un projet d’extension. Le quartier Saint-François fut ainsi dessiné en fonction d’une grille modulaire de la Renaissance. Au cours du XVIIe siècle. Le Havre (« le port ») continua à développer ses liens commerciaux avec l’Amérique et l’Afrique. Colbert, alors ministre, y autorisa la construction d’un arsenal, en transférant les chantiers navals au quartier du Perrey.

Le projet de reconstruction du Havre fut conçu dans le courant de la Seconde Guerre mondiale ; Auguste Perret (1874-1954) en prit la direction au cours de l’été 1944. Perret avait étudié à l’école des Beaux-Arts ; formé dans l’esprit du classicisme, il avait toutefois assimilé la leçon des progrès techniques du XIXe siècle. Il acquit une solide expérience en développant les techniques du béton armé : certains de ses premiers dessins d’architecture, comme ceux pour les appartements de la rue Franklin à Paris (1903) ou de Notre-Dame du Raincy (1923) sont considérés comme des chefs-d’œuvre de la première phase du modernisme.

Compte tenu des conditions du terrain et du niveau de la nappe phréatique, l’architecte proposa de reconstruire toute la ville sur une plate-forme de béton armé située environ 3,50 m au-dessus du niveau du sol ; cette initiative révolutionnaire devait faciliter l’aménagement des infrastructures. Compte tenu de la quantité limitée de ciment et de fer disponible au lendemain de la guerre, il ne put cependant mettre ce projet à exécution, bien que son plan d’ensemble ait déjà été dessiné. Celui-ci se fonde sur une grille modulaire de carrés de 6,24 m. Les lots étaient dessinés selon une grille de 100 m de côté, certains étant réunis pour former de plus grandes unités. Les travaux se poursuivirent jusqu’en 1964, avec la consécration de l’église Saint-Joseph.

Le projet de Perret reflète son idéal : réaliser un ensemble homogène au sein duquel tous les détails soient dessinés sur le même modèle, afin de créer une sorte de Gesamtkunstwerk à l’échelle urbaine. L’architecte se réserva le dessin des principaux édifices publics. Quelques constructions qui n’avaient pas été détruites au cours des bombardements furent conservées comme parties intégrantes du nouveau plan de la ville. Même si le quartier Saint-François avait été détruit, beaucoup d’édifices historiques y demeuraient debout, et firent l’objet de mesures de protection en 1946. C’est la raison pour laquelle le plan de toute cette zone se fonde essentiellement sur l’ancien réseau viaire.

Fonder le dessin des édifices et des espaces ouverts sur un module carré de 6,24 m de côté facilitait la construction, mais introduisait aussi une « harmonie musicale » dans la ville. Par rapport à l’avant-guerre, la densité moyenne de la population fut alors réduite de 2 000 à 800 habitants par hectare. L’esprit de la ville était conçu comme « néoclassique », avec des blocs de construction fermés et des rues pleinement fonctionnelles. L’essence du projet de Perret réside dans son dessin structurel qui se fondait sur un usage d’avant-garde d’éléments en béton armé, avec le système connu sous le nom de « poteau dalle ». Son idée était de créer une structure modulaire et complètement transparente, en sorte qu’aucun élément structurel ne soit dissimulé, ce qui donne son caractère dominant et une cohérence certaine à toute l’architecture de la ville. Toutefois, ces éléments ont été utilisés avec habileté, de manière à éviter la monotonie.

La porte Océane, qui reprend l’idée de l’ancienne porte détruite au cours de la guerre, est l’accès monumental à l’avenue Foch et au centre de la ville. Cette construction est également devenue une sorte de laboratoire expérimental pour le développement du système structurel et des techniques de construction du projet. Le square Saint-Roch occupe l’emplacement d’un parc public et d’un cimetière antérieurs, dont le souvenir a influencé le nouveau dessin. L’hôtel de ville est l’édifice le plus monumental de tout l’ensemble, avec en son centre une tour de 18 étages, haute de 70 m.

Description historique

De par sa situation, à l’embouchure de la Seine, le site du Havre a toujours été un site stratégique d’accès à l’intérieur des terres, à Rouen et à Paris. Du fait de l’estuaire et des terres marécageuses, il n’a été décidé d’établir un port maritime pour Rouen qu’au début du XVIe siècle (1517). À la suite de la découverte de l’Amérique, le port a gagné en importance et, en 1541, le roi François Ier a commandé son agrandissement à l’architecte siennois J. Bellarmato. Cette zone était le quartier Saint-François, conçu sur la base de la grille orthogonale de la Renaissance. Au XVIIe siècle, le Havre (synonyme de « port ») continua de renforcer ses liens commerciaux avec l’Amérique et l’Afrique. Le ministre Colbert autorisa la construction d’un arsenal, transférant les chantiers navals au quartier du Perrey. C’est de là que partit Lafayette pour aller combattre en Amérique en 1779.

À la fin du XVIIIe siècle, le Havre était l’un des quatre plus grands ports de France et, en 1786, un nouveau plan fut commandé (à l’ingénieur François-Laurent Lamandé) ; cependant, la Révolution retarda son achèvement jusqu’en 1830. En 1847, un chemin de fer fut construit entre Paris, Rouen et Le Havre, renforçant encore le rôle de la ville. En 1852, les anciennes fortifications furent détruites et la superficie de la ville multipliée par neuf. La population atteignit 60 000 habitants. De grandes compagnies transatlantiques y furent établies, encourageant le développement industriel. Au début de la Première Guerre mondiale, la population de la zone métropolitaine s’élevait à 190 000 habitants.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’armée britannique utilisait le port du Havre pour ravitailler ses troupes. Les Allemands bombardèrent la ville en mai 1940, et les Britanniques la quittèrent. Après le traité de paix, elle fut occupée par les Allemands, qui préparèrent une attaque contre la Grande-Bretagne. Les Britanniques bombardèrent donc à leur tour le port, détruisant les chantiers navals. Jusqu’en septembre 1944, la ville fut la proie d’incessantes attaques aériennes de la part des Alliés, tant et si bien que le centre ville fut entièrement détruit.

L’idée de reconstruire Le Havre se fit jour dès les destructions de la guerre. Durant l’été 1944, Auguste Perret (1874-1954), alors âgé de 70 ans, prit la tête d’un groupe d’architectes pour mener à bien un projet de reconstruction de la ville. Perret avait étudié à l’école des Beaux-Arts, bien qu’il n’en ait jamais été diplômé, ce qui lui aurait interdit de devenir maître d’oeuvre au sein de l’entreprise familiale. Il était formé à l’esprit du classicisme, tout en ayant hérité des progrès techniques du XIXe siècle. Il avait une solide expérience dans le développement des techniques propres au béton armé. Certaines de ses premières réalisations architecturales, comme les appartements de la rue Franklin à Paris (1903) ou Notre-Dame du Raincy (1923) ont depuis été reconnues comme des chefs d’oeuvre des débuts du modernisme.

Tenant compte de l’état du sol et de la hauteur de la nappe phréatique, il a été proposé de construire toute la ville sur une plate-forme de béton armé à 3,50 m du sol. À l’époque, il s’agissait d’une initiative révolutionnaire, qui aurait facilité la construction des infrastructures. Du fait des restrictions sur le ciment et le fer en cette période d’après-guerre, elle ne fut pas autorisée. Le plan directeur général fut cependant suivi. Le projet reposait sur un module de base de 6,24 m sur 6,24 m. Les îlots étaient prévus sur une maille de 100 m, quoique certains furent réunis en parcelles plus grandes. La construction dura jusqu’en 1964 ; cette année-là, l’église Saint-Joseph fut consacrée.

publié le 08/07/2014

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