La Bibliotheca Corviniana (Focus Mémoire du Monde)

Cet article est le onzième de notre série sur les biens français inscrits sur la liste "Mémoire du monde".

La Bibliotheca Corviniana est une célèbre collection de livres rassemblés par le roi hongrois Mathias Corvinus (1443 – 1490).

Elle constitue l’une des plus grandes et plus précieuses bibliothèques de l’époque de la Renaissance.

En 2005 elle a été recommandée pour l’inscription au Registre Mémoire du monde. Elle fait partie du patrimoine documentaire soumis par l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la France, la Hongrie et l’Italie.

Son contenu reflète la production littéraire de la Renaissance ainsi que l’ensemble des connaissances et des arts du monde antique et du monde moderne de l’époque, et répond aux normes scientifiques les plus avancées de ce temps. Les volumes sont écrits en latin, en grec, parfois en arabe et même en hongrois.

Elle couvre tous les domaines, comme la philosophie, la théologie, l’histoire, le droit, la littérature, la géographie, les sciences naturelles, la médecine et l’architecture.

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Reliure de Corvin dorée en cuir
Source : http://corvin.irht.cnrs.fr/corvin.htm

La création de la Bibliothèque Corviniana

Le roi Mathias, qui avait une vaste culture humaniste, eut le souhait de créer une bibliothèque dans son château à Buda.

Il collecta et recueillit soigneusement de nombreux manuscrits dans différents domaines. Il fit réaliser de luxueux manuscrits par environ 30 artisans à Buda et envoya des messagers en Italie, en Grèce et en Asie Mineure pour récupérer les manuscrits des auteurs classiques, syriens et hébreux.

Il rechercha surtout les ouvrages rares, il fut en contact avec Laurent de Médicis, fréquenta la librairie de Bisticci à Florence et entretint des relations avec d’autres collectionneurs.

La bibliothèque connut son apogée en 1476, lors du mariage du roi Mathias avec Beatrix d’Aragon, fille de Ferdinand Ier de Naples, une femme à la culture remarquable.

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Le château de Buda
Source : http://corvin.irht.cnrs.fr/corvin.htm

Le fonds à l’époque et aujourd’hui

On comptait à l’époque environ 2000 volumes, qui faisaient de la Bibliothèque Corviniana la deuxième plus grande bibliothèque de son temps, après celle du Vatican.

Après la mort du roi en 1490 et la conquête de Buda en 1541 par le sultan Suleiman, la bibliothèque fut dispersée dans le monde entier. Une partie fut conservée dans le sérail de Constantinople et ensuite rapportée en 1869 et 1877 à Budapest en tant que cadeau du sultan.

Aujourd’hui il ne reste que 216 livres de la Corvina, conservés dans 52 collections publiques ou privées réparties dans 14 pays et sur deux continents. Les volumes les plus célèbres se trouvent à Budapest en Hongrie dans la Bibliothèque Széchénvi avec 53 exemplaires et dans la Bibliothèque Nationale d’Autriche avec 39 exemplaires.

D’autres volumes se trouvent en Italie dans la Biblioteca Estanse à Modena avec 49 exemplaires, en Allemagne dans la Bayrische Staatsbibliothek à Munich (8 exemplaires) et dans la Bibliothèque Herzog August à Wolfenbüttel (9 exemplaires), en France (7 exemplaires) ainsi que quelques-un en Belgique, Angleterre, Turquie et aux Etats-Unis.

Ses caractéristiques

Les livres de la Corvina se caractérisent par les enluminures prestigieuses des manuscrits avec des armoiries des rois, des reliures dorées en cuir, en velours et en soie.

Ce sont des objets rares, des œuvres d’art d’un style remarquable, qui correspond au style à l’antique typique de l’art de la Renaissance.

Un exemple de livre qui offre quasiment toutes ces caractéristiques est le Philostratus Corvina. Il montre des portraits à l’antique d’empereurs de l’antiquité, qui imitent les effigies des médailles où la composition de l’image compte plus que les traits du modèle.

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Décoration de l’enlumineur des armoiries
Source : http://corvin.irht.cnrs.fr/corvin.htm

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Le Philostratus Corvina
http://www.theeuropeanlibrary.org/exhibition/treasures/literature/literature1.html

Afin de reconstituer une représentation de ce qui était le patrimoine culturel commun des humanistes de la Renaissance dans l’Europe du XVe siècle, la Hongrie a proposé de réunir les documents de la Corvina dans une version numérique et de les inscrire au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO.

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publié le 17/01/2017

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