LA MAPPA MUNDI D’ALBI (Focus Mémoire du monde - Numéro 1/12)

La Mappa mundi d’Albi

Cet article est le premier de notre série sur les biens français inscrits sur la liste "Mémoire du monde". Un article focus sera disponible tous les mois, successivement, sur les 12 biens français inscrits.

PRESENTATION

Cela fait aujourd’hui 1300 ans que les Albigeois conservent l’une des plus anciennes représentations du monde connu : la Mappa mundi d’Albi, dressée sur parchemin au cours de la seconde partie du VIIIème siècle. Elle se trouve au sein du manuscrit « Miscellanea » (Ms 29 (115)), en provenance de la bibliothèque du chapitre cathédral de Sainte-Cécile et conservé dans les réserves de la médiathèque Pierre Almaric d’Albi depuis 2001. Cet ouvrage du haut Moyen-Âge comprend 156 pages composant un recueil de 22 pièces de grammaire, d’histoire et de géographie, dont la Mappa mundi, précieux témoignage de l’histoire de l’humanité, de la cartographie et de la représentation de l’espace.

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Au IVème siècle, Albi est promue au rang de cité et devient le siège d’un diocèse. Les évêques vont alors jouer un rôle prépondérant dans le développement de l’identité intellectuelle et spirituelle de la ville en créant par exemple un scriptorium (atelier d’écriture) et une bibliothèque qu’ils vont sans cesse chercher à alimenter. Si le scriptorium d’Albi est connu pour avoir été particulièrement actif entre le VIIème et le XIIème siècle (« l’un des centres les plus florissants de l’activité intellectuelle de l’Occident méridional » selon la Médiathèque d’Albi), on ne peut cependant lui attribuer avec certitude la paternité de la Mappa mundi. La présence de fleuves tels que le Rhin et le Rhône où l’écriture dite onciale permet d’affirmer qu’elle provient très certainement de l’Ouest de la Méditerranée, de Catalogne ou du Sud de la France (alors appelé la Septimanie), et sa supposée importation à Albi aurait eu pour but d’enrichir le centre spirituel de la cité d’une œuvre majeure.

L’analyse de l’ouvrage a montré que sa reliure a fait l’objet de restauration aux XVIIe et au XVIIIe siècle, alors que les reliures dégradées étaient rarement remplacées au Moyen-Âge. La conservation du manuscrit et l’importante usure des coins inférieurs des pages sont non seulement le témoignage d’une utilisation intense, mais surtout d’une importante considération accordée à l’ouvrage. De nombreuses notes en écritures datant des Xème et XIIème siècles ont été relevées, ne permettant pas de douter d’une lecture régulière et prolongée.

Si l’on prête à la Mappa mundi une vocation contemplative et d’aide à la méditation proposée par une vue du ciel semblable au regard de Dieu sur le monde, sa principale fonction est pédagogique. Le recueil qui la renferme est un manuel consacré à l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de la grammaire, et servait ainsi d’outil d’étude et de compréhension du monde.

Sur la Mappa Mundi, le monde connu n’est pas aussi vaste qu’après les grandes découvertes des explorateurs et se concentre autour du bassin méditerranéen : seuls 23 pays sont représentés, répartis sur trois « sphères géographiques » (on ne parle alors pas encore de continents). La Mappa Mundi d’Albi est d’ailleurs pour certains pays leur première représentation connue et conservée. Sa plus grande singularité se situe dans la forme de fer à cheval que revêt la terre habitée, dont la partie ouverte figure le détroit de Gibraltar.

Au début du IIème siècle, la Grèce est marquée par des entreprises de compréhension et d’enseignement de la géographie. C’est dans ce contexte que l’auteur Denys, dans sa Périgèse, compare la forme du monde à une fronde. La lecture de cet ouvrage pourrait avoir influencé l’auteur de la carte et cet élément laisse supposer les experts qu’elle soit l’actualisation christianisée d’une carte antique, soit un document à la jonction de deux civilisations. En effet, si de nombreux éléments chrétiens sont présents, des villes de l’Antiquité classique telles que Carthage et Athènes sont également représentées.

DESCRIPTION D’APRES LA MEDIATHEQUE DU GRAND ALBIGEOIS :

La Mappa mundi d’Albi mesure 27 x 22,5 cm. Elle est orientée à l’Est, symbole du siège du paradis terrestre, figure en haut de la page tandis que le Nord se trouve à gauche. La Méditerranée, au centre, est très développée vers l’Est, où l’on reconnaît de haut en bas les grandes îles de Crète, de Chypre, de Sicile, de Sardaigne et de Corse. L’Orient est occupé par les régions asiatiques ; sont cités : Armenia, India, Scitia, Media, Persida, Judea, Arabia.

  • L’Europe apparaît au Nord : Ispania, Britania, Gallia, Italia, Gotia, Tracia, Macedonia, Agaia (l’Achaie) ; Barbari.
  • L’Afrique (Afriga) est représentée avec la Mauritania, la Nomedia, la Libia, l’Etiopia, l’Egyptus. On y voit la Persida et le deserto, où apparaissent le mont Sinaï (Sina) représenté par un triangle et la mer Rouge (Rubrum).
  • L’océan (Oceanum) tel qu’on l’imaginait alors est peint en vert entoure la terre.
  • Les villes sont figurées par des alignements de petits cercles. Elles sont peu nombreuses : Babylone, Athènes, Ravenne, Rome ; Antioche, Jérusalem ; Alexandrie, Carthage ; deux autres villes sont figurées, mais non nommées en Italie et en Inde.
  • Quelques fleuves sont dessinés en vert, de la même couleur que les mers :
  • deux en Asie : le Tigre (Tigris) et le Phison (Fison, l’Indus) ; le Nil (Nilum) et le Gange (Ganges fluvius), situé par erreur en Afrique ; le Rhône (Rodanum) et le Rhin (Renus) en Europe.
  • La Mappa mundi est immédiatement suivie d’un index des vents et des mers, Indeculum quod maria vel venti sunt, venant compléter les informations de la carte. Douze vents et vingt-quatre noms de mers y figurent contre respectivement un (le Zéphyr) et sept mers (Oceanum, Adrias, Pontum, Ionium mare, Cyminicum mare, Rubrum, Caspium).

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INSCRIPTION AU REGISTRE MEMOIRE DU MONDE

Vingt-deux textes « d’histoire, de géographie, de rhétorique et de pastorale, c’est-à-dire comment développer le christianisme », écrit Jocelyne Deschaux, directrice des médiathèques d’Albi, au sujet du manuscrit dans le dossier soumis à l’UNESCO en 2014. Le « Miscellanea » est le témoignage des pratiques intellectuelles du clergé du XVIIIe siècle et la localisation des grands empires historiques et des évènements de l’histoire sainte permet de supposer une double vocation de la Mappa mundi : un moyen de formation générale et un commentaire de la Bible.

Si l’on a connaissance de documents cartographiques antérieurs (comme la Table de Peutinger), il ne s’agit toujours que de copies dont la création est postérieure à celle de la Mappa mundi. De ce fait, elle est à l’exception de deux tablettes (l’une mésopotamienne, vers – 2600, l’autre babylonienne, - 600), la plus ancienne représentation globale du monde habité aujourd’hui conservée (source : http://mediatheques.grand-albigeois.fr). Le Vatican possède l’unique autre carte manuscrite de la même époque, mais aucun point commun ne rassemble les deux documents : ni la distribution de terres ni la forme. La Mappa mundi d’Albi est le l’une des premières tentatives à vocation pédagogique de représenter le monde avec ses provinces et ses régions. Mobilisation de connaissances et interprétation subjective de la réalité, la Mappa mundi est tant un outil géopolitique, un objet culturel, qu’un état des lieux unique de la conception du monde au VIIIe siècle.

« Le patrimoine documentaire est le reflet de la diversité des langues, des peuples et des cultures. Il est le miroir du monde et sa mémoire. »

Cet extrait du site de l’UNESCO semble être particulièrement adapté à l’inscription de la Mappa mundi d’Albi au Registre Mémoire du Monde sur décision du Comité consultatif international de l’UNESCO en octobre 2015 (sur décision d’Irina Bokova lors de la XIIème réunion du comité consultatif international à Abu Dhabi). La Mappa mundi d’Albi est l’objet d’un intérêt croissant des spécialistes et plusieurs actions de mise en valeur du manuscrit ont été retenues suite à un appel à projets du ministère de la Culture.

Ces actions sont regroupées en grandes orientations qui couvrent des thématiques telles que :

  • Les modalités de gestion, de protection et de conservation, afin de prévenir tout risque susceptible d’altérer le document (incendie, humidité, variation climatique, etc.)
  • L’approfondissement et l’enrichissement de la connaissance scientifique (études sur le parchemin, les encres, le contenu des textes du manuscrit, etc.) ;
  • La valorisation et l’appropriation par le grand public à travers l’organisation d’expositions, de colloques, publications, etc.
    (source : www.danstontarn.fr)

« Avec une nécessaire médiation, elle peut aujourd’hui reprendre la fonction pédagogique qu’elle a eue au Moyen Âge. […] Elle constitue par ailleurs une unité organique et une cohérence profonde avec la Cité épiscopale d’Albi ».

Jocelyne Deschaux, directrice des médiathèques d’Albi

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INFORMATIONS
Ville d’Albi
www.mairie-albi.fr
Réseau des médiathèques de l’Albigeois
www.mediatheques.grand-albigeois.fr
Cité épiscopale d’Albi
www.cite-episcopale-albi.fr
CONTACT
Brigitte CHARBONNIÈRES
Attachée de presse de la ville d’Albi
(+33)(0)5 63 49 14 97
(+33)(0)6 80 57 52 89
brigitte.charbonnieres@mairie-albi.fr
POUR PLUS D’INFORMATIONS
Article réalisé par Mélanie Ludwig

publié le 04/04/2016

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