« L’appel du 18 juin 1940 » (Focus Mémoire du Monde – Numéro 3/12)

Cet article est le troisième de notre série sur les biens français inscrits sur la liste "Mémoire du monde". Un article focus sera disponible tous les mois, successivement, sur les 12 biens français inscrits.

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I- Inscription au registre Mémoire du monde

« L’appel du 18 juin » regroupe les initiatives du général de Gaulle pour dénoncer l’armistice signé par le gouvernement français et combattre le défaitisme des populations.

Le dossier proposé à l’inscription au Registre « Mémoire du monde » comprend quatre documents :
-  Le manuscrit du texte de l’Appel radiodiffusé du 18 juin 1940
-  L’enregistrement radiophonique de l’Appel du 22 juin
-  Le manuscrit de l’affiche du 3 août
-  L’affiche du 3 août.

Cette proposition d’inscription a été soumise par Emmanuel HOOG, alors président de l’Institut national de l’audiovisuel, le 21 juin 2004. Le dossier intègre le Registre « Mémoire du monde » l’année suivante.

L’enregistrement est conservé à la Phonothèque de l’Institut national de l’audiovisuel ainsi qu’aux Archives sonores de la BBC sous le titre « General Charles de Gaulle : Call to Resistance, 22.6.1940 ».

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Crédit photographique ©Institut national de l’audiovisuel

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Ce document présente un intérêt majeur et universel pour son inscription au registre, à plusieurs titres. D’abord, pour l’esprit de résistance qu’il véhicule : « l’Appel du 18 juin » comporte une dimension symbolique. Il est désormais reconnu comme une des plus fortes expressions de l’histoire de la radio [1].

L’inscription d’un enregistrement radio au registre Mémoire du monde se justifie aussi par la fragilité du patrimoine radiophonique. Ce patrimoine porte à lui seul une part essentielle du patrimoine de l’humanité des 70 dernières années, et sa conservation représente un enjeu considérable. Une fois répertorié, son transfert sur des supports modernes adaptés permet d’assurer sa pérennité.

Il marque enfin l’entrée du général de Gaulle dans la vie politique, qui était encore à l’époque méconnu des français. Il est l’un des premiers hommes politiques à avoir su utiliser à son profit les moyens de communication de masse [2] .

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II- La genèse du discours

Suite à la démission du gouvernement de Paul Reynaud, où il était alors sous-secrétaire d’Etat à la Défense, le général de Gaulle s’exile à Londres pour négocier la poursuite de la guerre avec les britanniques. Alors qu’il n’exerce plus de commandement officiel, le général de Gaulle obtient l’accord de Churchill, qui met la radio anglaise à sa disposition. Son discours marquera le début de la Résistance française [3].

Dans ce discours, le général de Gaulle appelle tous les français à poursuivre le combat avec le soutien des alliés :

« Il est par conséquent nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni en fait d’éléments militaires français et de capacités françaises de production d’armement doit être organisé partout où il y en a. Moi, général de Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale. »

Contrairement à une idée répandue, il ne demande pas ici la constitution de réseaux de résistance sur le territoire. Le texte original ne se présente pas non plus comme une rupture avec le gouvernement français. Si la résistance intérieure n’est pas explicitement encouragée dans ce discours, elle aura plus tard le soutien du Général de Gaulle [4].

Le texte s’adresse d’abord aux militaires, ingénieurs et ouvriers, les invitant à rejoindre l’effort de guerre des Alliés à Londres.

Elisabeth de Miribel, femme de lettre et diplomate française, le tapera à la machine quelques heures avant sa lecture. Le général De Gaulle lit son texte à l’antenne de la radio de Londres (BBC) à 18h heure locale. Il sera diffusé à 22h.

Dans ces Mémoires de guerre, le général expose les circonstances qui ont entouré l’appel :
« La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela. Dès l’après-midi du 17 juin, j’exposai mes intentions à M. Winston Churchill. Naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre qu’aurais-je pu faire sans son concours ? Il me le donna tout de suite et mit, pour commencer, la BBC à ma disposition. Nous convînmes que je l’utiliserais lorsque le gouvernement Pétain aurait demandé l’armistice. Or, dans la soirée même, on apprit qu’il l’avait fait. Le lendemain, à 18 heures, je lus au micro le texte que l’on connaît. »

Ce discours est peu entendu sur le moment. Mais publié dans certains journaux français dès le lendemain, il sera rediffusé par des radios étrangères. D’autres appels suivront [5].

Aucun enregistrement de cet appel ne nous est parvenu. L’appel du 22 juin, lu par le général de Gaulle le jour même de l’armistice franco-allemand a cependant été enregistré. Le discours du général de Gaulle est introduit en anglais, puis en français, annonçant une « déclaration de la plus haute importance ».

Comme l’écrit Elisabeth de Miribel, le premier brouillon de ce texte aurait été écrit à Bordeaux, la veille de sa diffusion. Le manuscrit de l’appel du 18 juin est composé de quatre feuillets. Son authenticité est attestée par la mention portée par le Général de Gaulle au verso du 2e feuillet « Manuscrit authentique de mon appel du 18 juin 1940 ».

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JPEG ©Amiral Philippe de Gaulle / Bridgeman Giraudon

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III- L’appel aux Armes

En juillet 1940, le Général de Gaulle rédige un texte reprenant les mêmes arguments. Une affiche est d’abord tirée à mille exemplaires. Deux autres tirages seront réalisés. Ce texte, appelé parfois « Appel aux armes », est imprimé sous la forme d’une affiche « A tous les Français » placardée dans la province anglaise fin juillet puis dans les rues de Londres à partir du 3 août 1940.

Les premiers exemplaires sont imprimés début juillet au 24 Seawell Road par Achille Olivier Fallek. Le 12 août 1940, le général de Gaulle écrit à son correspondant à New York : « Cette affiche a été apposée dans toutes les villes et les villages d’Angleterre, reproduite dans tous les journaux, et a eu du succès. ».

J. Weiner Ltd effectuera un second tirage à 10 000 exemplaires. Le troisième tirage porte la mention « imprimé en Grande-Bretagne par Harrison & Sons Ltd ».

Les formats de ces trois tirages se situent entre 750 à 790 x 497 à 518 mm. La traduction en anglais en bas à gauche figure sur ces trois tirages. Un liséré tricolore encadre le texte. Le tirage anglais du bureau des FFL à Londres a le rouge intérieur et le bleu extérieur, tandis que le tirage français a le bleu intérieur et le rouge extérieur.
Cette affiche est placardée dans les grandes villes anglaises les 3 et 4 août. Ce document est surtout diffusé auprès des français de Londres. Il est aujourd’hui considéré comme un symbole de la Résistance [6].

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JPEG © Collections du musée de l’Ordre de la Libération

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Sources :

Charles de Gaulle, mémoires de guerre, tome 1 l’Appel, 1940-1942, Plon, 1954
Élisabeth de Miribel, La liberté souffre violence, Paris, Plon, 1981
Eric Roussel, 16 juin 1940 : Le naufrage, Gallimard,‎ 2009

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/documents/manuscrit-de-l-appel.php
http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu00280/l-appel-du-22-juin-1940.html
http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/pages_fantomes/fiches_thematiques/?aIndex=1
https://www.herodote.net/18_juin_1940-evenement-19400618.php
https://www.histoire-image.org/etudes/tous-francais-affiche-londres
http://www.reseau-canope.fr/pour-memoire/lappel-du-18-juin-1940/introduction.html
http://www.legiondhonneur.fr/en/page/appel-tous-les-francais/628

Documents disponibles sur le site de l’Unesco :
http://www.unesco-ci.org/photos/showgallery.php/cat/990

[1Formulaire d’inscription soumis par le CNC en 2005.

[2Article de Françoise Berger paru sur le site de l’INA

[3Daniel Laurent, L’Appel du 18 juin. Les débuts chaotiques de la France Libre

[4Jean-Louis Crémieux Brilhac, L’appel du 18 juin, Armand Colin, 2010

[5Témoignage d’André Lafargue, ancien résistant

[6Alexandre SUMPF, « « A tous les Français » : l’affiche de Londres »

publié le 22/06/2016

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