Interview de Patrick Pecorella : Une école du réSEAU des écoles associées à l’UNESCO - Ecole Jean Jaurès

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@ P. Pecorella

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  • Bientôt 3 ans que les 2 établissements scolaires Jean Jaurès ont été labellisés « Ecoles associées à l’UNESCO », et que vous avez mis en place différentes actions pour valoriser le dialogue interculturel.
    Pouvez-vous nous présenter succinctement votre parcours et votre projet ?

A la fin de mes études en droit à Panthéon Sorbonne, après quelques années de bénévolat auprès de « jeunes des quartiers populaires » dont moi-même j’étais issu, j’ai fait le choix de l’enseignement dans la ville de mon enfance, Garges-lès-Gonesse, une commune de la banlieue nord parisienne caractérisée par une diversité culturelle et ethnique et les difficultés socio-économiques.

Très vite, je suis devenu directeur d’une des écoles élémentaires du groupe scolaire, Jaurès 1, où avec mes collègues, nous avons mis en place un jumelage et des échanges avec un établissement rural marocain du Moyen-Atlas , mais également différents projets de musées éphémères , à savoir : des mises en scène artistiques in situ de découverte ou révélation des patrimoines de la ville ou de l’école dans le cadre de notre adhésion au réSEAU .

Quelques années après, mon équipe et moi-même avons fait le choix d’une fusion, avec la seconde école élémentaire du groupe, au départ collectif de la directrice et des enseignants d’alors. Le projet était de « fonder une école de la Paix » avec une nouvelle organisation pédagogique autour de quatre thématiques de l’UNESCO.

C’est ainsi que sont nés dans la nouvelle école, les quartiers pédagogiques du dialogue interculturel, de l’éducation au patrimoine, à la Paix et aux droits de l’homme et à l’environnement.

Des travaux de réaménagement ont été conçus en partenariat avec les familles, les élèves et la mairie. Ils ont duré un an avec notamment la création d’un jardin botanique et d’un hall qui puisse permettre des expositions temporaires ou permanentes.

En parallèle, les enseignants et des élèves leaders ont été formés à la médiation pacifique.

  • Avez-vous observé les effets bénéfiques de cette éducation aux principes de l’Unesco dans le comportement et l’orientation des élèves ?
    Quel genre de retour avez-vous de la part des élèves ?

Dès la fin de la première année, on a pu constater des améliorations notables : les élèves se sont plus investis dans les projets de classe, développant de fait des comportements plus positifs de coopération, de respect des différences et de l’environnement ; puis, l’équipe éducative se stabilisant et gagnant en expérience, a pu proposer des occasions pédagogiques multiples pour susciter un engagement plus personnel des élèves, qui ont accepté plusieurs missions « citoyennes » au sein de l’école : responsables écologiques, de médiation de cour, de jeux de paix .

Au final, le climat s’est apaisé. Les élèves se sont sentis plus responsables du projet et du devenir de l’école. Tant il est vrai que ce projet pédagogique n’est pas conçu en termes de réalisation, mais de comportements qui se construisent au quotidien.

« Après tout, comme nous leur disons, la Paix ne se décide pas, elle est en perpétuelle construction ».

Les élèves apprennent donc la patience et à devenir respectueux.

Plus concrètement et à travers cette expérience du quotidien, ils ont pris conscience des enjeux et de leur rôle important dans les défis du monde d’aujourd’hui et de demain.

  • Est-ce qu’il y a eu des difficultés à la mise en œuvre de ce projet ? (Définition des partenariats et sollicitation des acteurs…)

La première année fut ardue mais riche d’expériences humaines.

Il a fallu mener de front les concertations pédagogiques forcément étalées dans le temps, et, régler les urgences du quotidien : réponses à l’indiscipline ou incivilité de certains élèves qui avaient été habitués à défier l’adulte ou à des réponses plus disciplinaires que pédagogiques, inexpérience de la moitié des enseignants tout juste arrivés dans l’école, impatience, incompréhension de certains parents habitués à une forme de leadership plus musclé.

Aussi a-t-il fallu procéder par étape et surtout associer différemment les principaux partenaires à cette démarche de changement : les enseignants et les élèves ( acteurs du projet) ont bénéficié d’une formation mensuelle autour de la démarche bienveillante d’éducation à la Paix ; l’inspection, les parents et la municipalité (facilitateurs du projet) ont, eux , été consultés et des volontaires ont été désignés au sein d’une commission de travaux pour élaborer les besoins et suivre les travaux.

Mais très vite, nous nous sommes aperçus que « ce projet d’école UNESCO » ne pouvait vivre en parallèle des programmes et des structures de concertation, de la vie de l’école : aussi peu à peu, les conseils de cycle et principales animations pédagogiques ont été consacrés à la mise en œuvre de l’organisation pédagogique ; des animations autour de l’éducation à la diversité et la culture de la paix ont été intégrées dans le cursus de formation ; des conseils de suivi des projets de quartiers pédagogiques ; le planning de l’année a été élaboré en programmant les différentes journées internationales pour donner un écho plus universel à notre démarche et aider à créer une identité de réseau.

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  • Quelle est votre source d’inspiration pour les projets ? (Marche pour la paix, fête des langues et des cultures, fresque murale de la devise républicaine…)

Évidemment, nos sources sont principalement les réflexions de l’UNESCO, et, surtout les expériences partagées au sein de notre réSEAU notamment lors du séminaire annuel qui est pour moi un vrai laboratoire d’innovations et d’idées.

Mais, nous prenons également appui sur les différentes propositions observées lors de nos échanges ou visites dans le cadre du programme de la fondation EVENS œuvrant pour la paix, et dans d’autres réunions de partage, notamment celles organisées autour de l’interculturel par le PRE de notre ville.

  • Quelle doit-être, selon vous, la finalité de ces opérations du réseau ?

Comme je l’ai dit précédemment, le réSEAU des écoles associées est, et doit plus encore être un laboratoire d’expériences et d’échanges pédagogiques pour préparer les générations nouvelles aux grands défis mondiaux d’aujourd’hui et de demain, dont l’UNESCO est investie.

Dans un monde global, mouvant et incertain, les valeurs et les démarches préconisées notamment dans le cadre du programme de Citoyenneté mondiale sont des jalons solides qui nous aident à donner du sens et de l’enthousiasme à ce que nous faisons, surtout dans les écoles en quartiers sensibles : enseignants, élèves, parents, voire partenaires, se sentent participer, à leur échelle, à l’œuvre universelle de l’Humanité assignée à l’UNESCO.

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publié le 07/06/2016

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