Inauguration du 6e continent Etangs du Cam / Historial de la Grande Guerre

JPEGMesdames et Messieurs,
Cher amis,

Je voudrais avant tout remercier les organisateurs de cette journée de commémoration, à commencer par le Président du Conseil général de la Somme, et toute son équipe, d’avoir associé l’UNESCO à cet événement. Je voudrais remercier les nombreux Ambassadeurs, mes homologues représentant d’Etats issus des cinq continents, qui ont accepté l’invitation qui leur a été faite de se joindre à nous aujourd’hui.

Associer l’UNESCO à ces commémorations est en fait très naturel car les valeurs que nous célébrons aujourd’hui sont celles-là mêmes qui ont inspiré les pères fondateurs de l’Organisation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Permettez-moi de citer à cet égard la Convention de 1945 : « l’incompréhension mutuelle des peuples a toujours été, au cours de l’histoire, à l’origine de la suspicion et de la méfiance entre nations, par où leurs désaccords ont trop souvent dégénéré en guerre ; les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».

Ce sont bien ces valeurs d’humanisme que nous célébrons aujourd’hui ici à Péronne, à proximité des champs de bataille les plus meurtriers de l’histoire de l’Humanité : la réconciliation et la paix entre les peuples, l’égale dignité des hommes et l’exigence de respect par-delà les différences, la coopération et la solidarité entre les nations.

Mesdames et Messieurs,

Dans son récent discours prononcé à Ypres, le Président de la République a rappelé que, « dans notre histoire, la Grande Guerre occupe une place particulière. Elle a profondément marqué, transformé la société française. Et notre sol a été, non pas le seul, mais le principal théâtre du conflit. C’est pourquoi la Grande Guerre suscite encore et toujours, cent ans après, et alors que tous les survivants ont disparu, une attention et même une passion que le temps non seulement n’altère pas, mais ranime ».

Il faut admettre qu’il est presque impossible de trouver les mots justes pour décrire l’horreur de cette guerre. On peut citer les millions de morts et de blessés mais c’est une évocation encore trop désincarnée. Au-delà des chiffres, il reste très difficile d’exprimer la souffrance et la douleur, la peur et l’écœurement, le courage et les sacrifices. Beaucoup s’y sont essayé. Seuls les plus talentueux y sont parvenus : Apollinaire, Giono, Genevois, Hemingway, pour n’en citer que quelques-uns, ou dans d’autres registres, Tardi et Hugo Pratt, Jean Renoir et Stanley Kubrick.

Je voudrais plus modestement vous lire quelques lignes tirées d’une lettre d’un soldat mort sur le front, le 20 avril 1917 : « quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, elle ressemble au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jours des corps, des ossements et des crânes. L’odeur est pestilentielle. Partout, les soldats tombent en hurlant de douleur. Le champ de bataille me donne la nausée. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés ».

Mesdames et Messieurs,

Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas pour célébrer la victoire d’un camp sur l’autre. Nous sommes ici pour honorer tous les morts et rendre hommage à tous ceux qui ont combattu jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. Nous sommes ici pour nous souvenir car nous n’oublierons jamais le sang versé ici dans la Somme, dans la Marne aussi, à Verdun ou au Chemin des Dames.

Nous n’oublierons jamais tous ceux, Français et étrangers, qui se sont battus pour nous, les 430 000 soldats venant de toutes les colonies, de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est et qui ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas être la leur, tous ceux, très jeunes pour la plupart, venus du monde entier, morts sur les champs de bataille de France pour notre liberté et qui reposent sous d’innombrables croix blanches. A tous, sans distinction, nous sommes reconnaissants et redevables. Nous leur devons la France telle qu’elle est aujourd’hui, libre et souveraine.

Chers amis,

C’est ce message que je voudrais passer aux jeunes qui sont avec nous, avec solennité et simplicité aussi. La dette que nous avons ne se résume pas à nous souvenir. Ce qui s’est passé ici nous oblige et doit aussi nous inspirer pour l’avenir. Le plus bel hommage que nous puissions rendre à ceux qui sont tombés au champ d’honneur, c’est certainement de nous montrer dignes de ce qu’ils ont accompli pour nous.

Commémorer, c’est en effet honorer la mémoire des morts mais c’est aussi transmettre aux vivants, particulièrement aux plus jeunes d’entre eux, les leçons, même les plus amères, du passé. A vous, la jeune génération qui n’a connu aucune guerre sur son sol, reviendra la responsabilité de défendre les mêmes valeurs et les mêmes idéaux, de nourrir avec la même abnégation et la même dignité l’amitié entre les peuples.

Je le dis en présence de l’Ambassadeur d’Allemagne auprès de l’UNESCO, que je remercie tout particulièrement d’avoir accepté notre invitation aujourd’hui, nous qui sommes les représentants de deux Etats qui se sont déchirés avant de former, par les liens d’amitié et de confiance qui les unissent, le socle de la construction européenne. Le prochain défilé du 14 juillet sera l’illustration de cette fraternité internationale que nous appelons de nos vœux puisqu’il rassemblera pour la première fois les plus de 70 pays que l’on appelle les belligérants de la Grande Guerre.

Voilà ce que je voulais en quelques mots vous dire ici à Péronne aujourd’hui, pour l’inauguration de ce splendide jardin qui regroupe en son sein les cinq continents, à proximité de l’Historial de la Grande Guerre, lieu de mémoire aussi bien que de transmission, devant la communauté de l’UNESCO et nos générations rassemblées dans le respect pour les sacrifices passés et l’ambition d’un avenir partagé./.

publié le 17/07/2014

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