Discours de S.E.M. Philippe Lalliot lors du débat plénier de la 196ème session du Conseil exécutif - 14 avril 2015

Madame la Directrice générale,
Monsieur le Président de la Conférence générale,
Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Vous l’avez dit vous-même, Madame la Directrice générale, 2015 est une année charnière, ponctuée de grands rendez-vous internationaux, à commencer par le Sommet de septembre à New York sur l’agenda post-2015, la Conférence générale de l’UNESCO en novembre et la conférence sur le Climat qui se tiendra à Paris en décembre.

Ce que je relève, c’est non seulement l’exceptionnelle densité de l’agenda international mais aussi l’ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés, l’impérieuse obligation de nourrir la réflexion et l’urgence à apporter des réponses précises et concrètes.

Ce qui me frappe, c’est la pertinence renouvelée de l’UNESCO car, qu’il s’agisse de politique de développement, de lutte contre le changement climatique, de promotion des droits de l’homme, de paix et de sécurité au sens de la Charte des Nations Unies, nous parlons de la mission historique et du cœur du mandat confiés à l’UNESCO, il y a maintenant 70 ans.

Ce début d’année 2015 a été marqué par une série d’événements dramatiques, avec les attentats de Paris en janvier et celui de Copenhague, les meurtres commis au musée du Bardo à Tunis, l’attaque contre l’université de Garissa au Kénya, la poursuite des destructions en Syrie et en Irak, pour ne citer que ceux-là.

Un an après l’enlèvement des lycéennes de Chibok au Nigéria, nous devons dénoncer ces exactions comme autant d’attaques contre les principes fondateurs de l’UNESCO et les objectifs de dialogue et de rapprochement que porte l’Organisation. Nous devons ensemble y apporter une réponse collective et déterminée.

Aussi suis-je heureux de voir cette session du Conseil exécutif saisie d’un nombre croissant de projets de résolution qui touchent aux sujets les plus essentiels et embrassent l’ensemble du mandat de l’UNESCO. J’y vois le signe d’une Organisation en prise avec les attentes les plus pressantes de nos concitoyens et convaincu de la nécessité d’exercer l’ensemble des missions qui lui ont été confiées.

Je mentionnerai ici trois sujets en particulier, qui sont pour nous prioritaires : l’éducation, la protection des patrimoines, la sécurité des journalistes.

1/ Nous-mêmes présentons un projet de résolution consacré à la lutte contre les violences faites aux filles à l’école. Ces violences sont en effet inadmissibles non seulement pour les traumatismes qu’elles provoquent mais aussi parce qu’elles sont un obstacle majeur au développement. Beaucoup de Délégations ont accepté de cosigner notre projet, et je les en remercie. Je souhaite une adoption par le plus large consensus sur un sujet d’intérêt commun.

Plus largement, ce projet renvoie à ce droit fondamental qu’est l’éducation. C’est la raison pour laquelle nous avons cosigné le projet de l’Autriche sur l’éducation à la citoyenneté mondiale. Je souhaite à cet égard vous féliciter à nouveau, Madame la Directrice générale, vous et toute votre équipe, pour le travail accompli dans la préparation de l’agenda post-2015. Je me réjouis notamment que le rôle central de l’UNESCO sur ces sujets ne soit plus aujourd’hui contesté par personne.

2/ L’actualité la plus immédiate nous impose également d’assurer la protection des patrimoines. Vous avez hier à juste titre, Madame la Directrice générale, condamné la destruction par Daech de la cité antique de Nimroud, « cet acte de folie destructrice ». A plusieurs reprises déjà, notamment après le sac du musée de Mossoul, nous avons aussi dénoncé ces crimes de guerre et, par la voix de notre ministre des Affaires étrangères, qualifié ces destructions délibérées et systématiques de génocide culturel.

A l’initiative des délégations irakienne et française, ce Conseil a adopté à sa précédente session une résolution sur le patrimoine irakien. Nous avons également travaillé à New York pour que le Conseil de sécurité se saisisse de cette question. Sa résolution 2199 donne un mandat clair à l’UNESCO, notamment pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels. Nous nous réjouissons, Madame la Directrice générale, des initiatives que vous avez déjà prises et de celles que vous avez annoncées. Vous pouvez compter sur notre plus entier soutien.

Vous comprendrez que le projet de résolution présenté par l’Espagne et l’Italie sur la protection des patrimoines en Irak, en Syrie et en Libye revêt ainsi pour nous une importance particulière. Je proposerai en séance un seul amendement dont j’espère qu’il pourra être accepté.

3/ Le troisième sujet, à nos yeux tout aussi important, que je voudrais ici rapidement évoquer est la sécurité des journalistes. Nous avons également cosigné le texte présenté par la Délégation suédoise à la fois parce qu’il ne peut y avoir de véritable liberté de la presse si la sécurité des journalistes n’est pas garantie et parce qu’il incombe à l’UNESCO de coordonner la mise en œuvre du plan d’action décidé par les Nations Unies.

J’ai évoqué les attentats de janvier à Paris. Ils doivent être condamnés sans aucune ambiguïté, et dans les termes les plus fermes car rien jamais ne saurait justifier de tels assassinats. Toutes les leçons doivent aussi en être tirées, sans en sous-estimer la difficulté, sur le front de la lutte contre la radicalisation comme sur celui de la liberté d’expression. Nous devons pouvoir ensemble nous rassembler sur les principes de tolérance, de solidarité et de démocratie auxquels nous avons tous souscrits en adhérant à l’UNESCO et trouver les moyens de les faire partager au plus grand nombre.

Nous aurons enfin à discuter du budget pour 2016-2017. Nous connaissons tous la situation de l’UNESCO, qui traverse depuis 2011 une crise de financement comme aucune autre organisation internationale n’en a connu. Nous sommes tous bien conscients des efforts consentis et des réformes engagées sous votre autorité, Madame la Directrice générale, pour y remédier. Nous savons tous également les fortes contraintes budgétaires auxquelles sont soumis de nombreux Etats membres, dont certains des plus grands contributeurs des Nations Unies.

Il nous incombe de résoudre cette difficile équation pour réconcilier, en faisant preuve de responsabilité, l’intérêt de l’UNESCO, qui est aussi le nôtre, et l’impératif de maîtrise budgétaire auquel nous ne pouvons échapper.

Sous ces conditions, la France est prête à accepter la proposition dite CNZ+, dès lors qu’elle n’entraînerait pas d’augmentations des contributions des Etats. J’insiste sur le fait que cette dérogation à la règle dite de la croissance nominale zéro, que la France s’impose dans toutes les organisations internationales, est pour nous tout à fait exceptionnelle et n’est acceptée que pour permettre un consensus.

L’UNESCO est plus que jamais nécessaire à la construction de cet « esprit de Paix » dont parlait Léon Blum. Je forme le vœu qu’ensemble, nous fassions de cette année anniversaire pour l’Organisation celle de la réaffirmation de sa vocation politique, celle d’une Organisation ambitieuse et engagée, au service de missions essentielles pour nous-mêmes et les générations à venir.

publié le 20/04/2016

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