Compte-rendu de la Table Ronde "La coopération cinématographique au service de la diversité des expressions culturelles" (30 mars 2015)

À l’occasion de la 10e cérémonie des Prix Henri Langlois de cinéma de patrimoine à l’UNESCO et des dix ans de la Convention de 2005 pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, la Commission nationale française pour l’UNESCO a organisé le 30 mars 2015 une table ronde à l’UNESCO sur la coopération cinématographique au service de la diversité des expressions culturelles.

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- Les fonds de soutien internationaux à la création cinématographique (leur finalité, leurs complémentarités) ont constitué l’une des thématiques majeures de cette rencontre. Marianne Slot a ainsi mentionné le rôle de la commission de l’aide aux cinémas du monde du CNC dans la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui a contribué à la réalisation de quelque 700 projets provenant de 115 pays. Outre sa contribution à la faisabilité des films et la promotion de l’excellence artistique, l’Aide aux cinémas du monde constitue également, selon Marianne Slot, un levier important pour mieux diffuser et partager les valeurs de la diversité des expressions culturelles, notamment dans les échanges avec les différents métiers du cinéma impliqués lors de la mise en place de ces dispositifs d’aide.

Pour Vincenzo Bugno, le World Cinema Fund qu’il copilote à Berlin a pour ambition de soutenir un cinéma authentique susceptible de « développer une langue locale pouvant rejoindre un public international ». Il a également relevé la complémentarité entre les différents fonds, qui se construit aussi bien par le biais des contacts informels que par les coopérations plus institutionnalisées.

Le réalisateur Jayro Bustamante a quant à lui exprimé la perspective de l’usager, dans la mesure où son film Ixcanul Volcano a pu voir le jour grâce à ces dispositifs d’aide (CNC, région Île-de-France), en l’absence d’aides publiques au cinéma au Guatemala et de la difficulté d’approcher un producteur lorsqu’il n’y a pas d’accords de coproduction. Le réalisateur guatémaltèque a également tenu à faire valoir l’importance des programmes de résidences lors des festivals (Festival de Cannes, Berlinale, entre autres), permettant à des réalisateurs de venir en Europe et de voir des films d’art et d’essai souvent non diffusés dans leurs pays d’origine.

Critique de cinéma et président du Fonds panafricain du cinéma et de l’audiovisuel, Férid Boughedir a développé les grands principes qui motivent la création de ce fonds, en particulier la nécessité de rééquilibrer les flux de la coopération dans le domaine du cinéma en renforçant également les solidarités Sud-Sud, afin de prévenir les effets de « fausse diversité » indirectement induits par les dispositifs de coopération Nord-Sud.

- Différents aspects de la promotion de la diversité des expressions culturelles ont été soulignés par les intervenants :

Pierre-Emmanuel Lecerf, au cours de sa première intervention, a précisé que la promotion de la diversité des expressions culturelles s’appuie également sur la promotion de l’expression de nos propres cultures – un mandat qui est évidemment au cœur des missions du Centre national du cinéma dont il a rappelé les grandes étapes depuis ses 70 ans d’existence.

Férid Boughedir a par ailleurs souhaité souligner le rôle moteur de la France dans le domaine de la coopération cinématographique, en rappelant que sans les soutiens publics français, « tout un pan des cultures africaines serait absent du 7ème art ». Selon lui, c’est la cinéphilie mondiale, en tant que « religion démocratique », qui dans ce domaine est véritablement motrice pour la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Président de la Fédération internationale des archives de film, Eric Le Roy a également expliqué le rôle joué par le CNC dans la restauration des patrimoines cinématographiques en danger lorsque certains pays n’en ont pas les moyens ; Vincenzo Bugno a, à ce titre, insisté sur le caractère essentiel de cette préservation sans laquelle la diversité de création qui constitue l’histoire du cinéma risquerait d’être perdue.

En tant que distributeur et exportateur (Wide), Loïc Magneron, soucieux en particulier de la promotion des premiers films et des films de femmes, a rappelé les logiques économiques d’échelle qui sous-tendent au niveau global la promotion de la diversité des expressions artistiques : une augmentation du nombre de films sur le marché permettrait l’implication d’un nombre plus important de créateurs, au profit d’une plus grande diversité qui elle-même aboutirait selon lui à une augmentation de la qualité.

- Certains écueils indirectement générés par les dispositifs de coopération cinématographique ont été relevés par les intervenants.

Férid Boughedir a ainsi rappelé la spécificité du cinéma d’auteur africain - des « têtes sans corps » -, dont le premier public ne se trouve pas en Afrique en la quasi absence de salles de cinéma, et dont les propositions esthétiques s’adaptent parfois plus particulièrement aux attentes des jurys de festivals ou des cinéphiles occidentaux, au risque de produire des effets de « fausse diversité ».

Férid Boughedir et la réalisatrice Euzhan Palcy ont également témoigné des effets de contrainte engendrés par les seuils d’usage du français conditionnant l’octroi de certaines aides du CNC (avance sur recettes), au détriment parfois d’une plus grande diversité linguistique, effet parfois renforcé par des obstacles informels - Euzhan Palcy évoquant à titre d’exemple le tournage de son film Rue Cases-Nègres.

- Les intervenants ont enfin esquissé quelques propositions en vue de mieux promouvoir la diversité des expressions culturelles dans le cadre de la coopération cinématographique :

Pour Férid Boughedir, le développement des coopérations Sud/Sud pour pallier les effets indésirables d’une dépendance unique vis-à-vis des dispositifs de soutien Nord/Sud ;
Pour Euzhan Palcy, la nécessité d’imaginer de nouveaux systèmes de taxes affectées dans les économies en développement au profit du financement public de la culture, et de développer les formations à l’écriture, afin de renforcer l’autonomisation esthétique des créateurs ;
Pour Eric Le Roy, la nécessité d’aider à la création de cinémathèques et d’archives dans les pays de cinéma qui n’en ont pas encore ;
Pour Pierre-Emmanuel Lecerf, la nécessité de mener une réflexion avec l’ensemble des acteurs sur les conséquences de la progression de la diffusion du cinéma sur internet : taxations spécifiques comme celles mises en place par le CNC, innovations en termes de diffusion – à l’instar des diffusions de certains films en gratuité avant leur sortie en salle, comme le propose ponctuellement Loïc Magneron avec Eye on Films afin d’attirer de nouveaux publics -, mise en place de nouvelles aides pour le transmédia.

  • Vidéo de la Table Ronde
  • Interview de Daniel Janicot, président de la Commission nationale française pour l’UNESCO à l’occasion du prix Henri Langlois
  • Photos de la Table Ronde
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publié le 24/06/2015

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