Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France (1998)

Tout au long du Moyen Âge, Saint-Jacques-de-Compostelle fut la plus importante de toutes les destinations pour d’innombrables pèlerins venant de toute l’Europe. Pour atteindre l’Espagne, les pèlerins devaient traverser la France, et les monuments historiques notables qui constituent la présente inscription sur la Liste du patrimoine mondial étaient des jalons sur les quatre routes qu’ils empruntaient.

Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France
Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France
Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France
Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France
Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France

Justification d’inscription

Critère (ii) : La route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle a joué un rôle essentiel dans les échanges et le développement religieux et culturel au cours du Bas Moyen Age, comme l’illustrent admirablement les monuments soigneusement sélectionnés sur les chemins suivis par les pèlerins en France.

Critère (iv) : Les besoins spirituels et physiques des pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle furent satisfaits grâce à la création d’un certain nombre d’édifices spécialisés, dont beaucoup furent créés ou ultérieurement développés sur les sections françaises.

Critère (vi) : La route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle est un témoignage exceptionnel du pouvoir et de l’influence de la foi chrétienne dans toutes les classes sociales et dans tous les pays d’Europe au Moyen Age.

Description longue

La route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle a joué un rôle fondamental dans le développement et les échanges culturels et religieux à la fin du Moyen Âge, comme en témoignent magnifiquement les monuments inscrits sur la Liste du patrimoine, qui sont situés sur la route suivie par les pèlerins en territoire français. La construction d’un certain nombre d’édifices spécialisés, dont beaucoup ont été conçus ou ultérieurement développés en France, devait répondre aux besoins spirituels et physiques des pèlerins qui se rendaient à Compostelle.

Après la prise de Jérusalem par le calife Omar, en 638, les chrétiens hésitèrent à se rendre en pèlerinage dans la ville sainte. Fondé vers 800, celui de Saint-Jacques-de-Compostelle, où se trouvait la tombe de l’apôtre saint Jacques le Majeur, qui introduisit le christianisme dans la péninsule Ibérique, bénéficia du déclin de Jérusalem.

Saint-Jacques devint un centre religieux local avec l’installation du siège d’un évêché vers 900, mais la renommée du site ne se répandit rapidement qu’après la visite en 951, de Godescalc, évêque du Puy et l’un des premiers pèlerins étrangers documentés. À partir du XIe siècle, le pèlerinage de Compostelle connut son apogée. Des milliers de pèlerins, et parmi eux des rois ou des évêques, marchaient sur de longues distances pour aller prier sur la tombe de l’un des plus proches compagnons du Christ. Ce succès coïncida avec l’affirmation de l’ordre de Cluny qui encouragea ce culte en publiant les Vies des saints et les Recueils de miracles . Des églises se développèrent comme autant de relais le long de la route de pèlerinage, notamment en France entre le XIe et le XIIIe siècle.

Les quatre principales routes de pèlerinage pour Saint-Jacques-de-Compostelle commencent à Paris, Vézelay, Le Puy et Arles, et chacune d’entre elles comportait un certain nombre de routes secondaires. Ainsi, vers la route de Paris convergeaient des routes provenant de Boulogne, de Tournai et des Pays-Bas, tandis que les routes provenant de Caen, du Mont-Saint-Michel et de Bretagne la rejoignaient à des points intermédiaires : Tours, Poitiers, Saint-Jean-d’Angély et Bordeaux, qui était le port des pèlerins venant par mer d’Angleterre ou des côtes de Bretagne et de Normandie. Le Puy assurait la liaison avec la vallée du Rhône, tandis que les pèlerins venus d’Italie passaient par Arles. Les trois routes occidentales convergeaient à Ostabat, en traversant par le col d’Ibaneta, tandis que la route orientale, depuis Arles, empruntait le col du Somport ; les deux routes se rejoignaient ensuite en Espagne à Puente la Reina.

Les lieux de culte situés le long des routes de pèlerinage en France sont aussi bien de grands édifices, comme Saint-Sernin à Toulouse ou la cathédrale d’Amiens, que des églises paroissiales. Ils ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial soit parce qu’ils figurent sur le guide d’Aymeric Picaud (cathédrale Saint-Front à Périgueux ou église Saint-Léonard de Noblat), soit parce qu’ils renferment d’importantes reliques ou d’autres objets qui les rattachent directement au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Certaines églises présentent des caractéristiques architecturales qui permettent de les désigner comme des « églises de pèlerinage ». Sainte-Foy à Conques, Saint-Sernin à Toulouse et la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle elle-même, en particulier, ont en commun de larges transepts et des chapelles absidiales ouvrant sur un spacieux déambulatoire, destinés à répondre aux besoins liturgiques des pèlerins.

Les pèlerinages médiévaux étaient extrêmement durs pour les pèlerins, qui nécessitaient souvent des soins médicaux. Les très rares centres de soin conservés sur la partie française de la route d’origine ont été inscrits sur la Liste. De nombreux ponts sont connus comme « ponts de pèlerins » ; celui qui franchit la Borade à Saint-Chély-d’Aubrac porte même une image gravée de pèlerin. Le pont du Diable construit sur l’Hérault à Aniane, qui est l’un des plus anciens ponts médiévaux de France, et le magnifique pont fortifié construit au XIVe siècle sur le Lot à Cahors, le pont Valentré, en sont les plus beaux exemples.

Tandis que le parcours des différentes routes est généralement connu, très rares sont les tronçons qui ont conservé une partie de leur physionomie d’origine. Sept d’entre eux ont été inscrits sur la Liste, tous sur la route du Puy dont ils représentent environ 20 % de la longueur totale. Ce sont des routes relativement secondaires, dont le tracé n’a pas changé de manière importante depuis le Moyen Âge ; elles sont également jalonnées de monuments associés au pèlerinage de Compostelle, comme des croix ou de modestes lieux de culte.

Description historique

La conquête de Jérusalem par le calife Omar, en 638, fit hésiter les chrétiens à se rendre en pèlerinage en Terre Sainte et le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, où l’on découvrit aux alentours de l’an 800 la tombe de l’apôtre Saint Jacques le Majeur, qui apporta le christianisme dans la péninsule ibérique, bénéficia du déclin de Jérusalem en tant que lieu de pèlerinage.

Saint-Jacques-de-Compostelle avait commencé par être un centre religieux local, devenu siège épiscopal aux alentours de l’an 900, mais sa renommée connut un essor rapide après la visite, en 951, de Godescalc, évêque du Puy et l’un des premiers pèlerins étrangers attestés. A cette époque, cependant, les routes n’étaient pas exemptes de brigands et de la menace d’attaques musulmanes, telle celle de 997, conduite par Al-Mansour, vizir du calife de Cordoue, lors de laquelle Compostelle fut pillée et incendiée.

Dans les premières décennies du XIe siècle, le début de la Reconquista marqua l’avènement pour le lieu de pèlerinage d’une ère de prospérité, et nombre de marchandises de toutes sortes y affluaient. Ainsi, la cathédrale fut dotée de trésors immenses, au point de pouvoir garantir les besoins de Rome et des souverains de León et de Castille. C’est à partir de cette époque que le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle atteignit son apogée. Des milliers de pèlerins, dont des rois et des évêques, accomplirent de longues distances pour prier sur la tombe de l’un des plus proches compagnons du Christ.

Cette apogée coïncida avec celle de l’Ordre de Cluny, qui encouragea le culte des reliques en publiant des Vie des Saints et des Recueils de Miracles. En conséquence, d’autres sanctuaires de moindre importance se développèrent parallèlement, sans pour autant éclipser la splendeur de Saint-Jacques-de-Compostelle. Du XIe au XIIIe siècle, des églises de "relais" virent le jour le long de la route de pèlerinage, et en particulier en France. Chacune d’entre elles s’enorgueillissait de reliques saintes ; de fait, le culte des reliques était le principal pilier du pèlerinage médiéval.

Dans le même temps, le culte de la Vierge Marie provoquait un renouveau de ferveur. Les pèlerinages vers des sanctuaires tels que Notre-Dame du Puy, Notre- Dame de Chartres et Notre-Dame de Boulogne, déjà réputés au début du Moyen Age, connurent une spectaculaire renaissance au XIIe siècle, en conséquence de l’importance que prit le pèlerinage de Saint-Jacquesde- Compostelle. Des trois églises, celle du Puy, en Auvergne, était la plus étroitement liée à Saint-Jacquesde- Compostelle. Aimery Picaud, dans le cinquième Livre du Codex Calixtinus, description des routes de pèlerinage qu’il écrivit aux environs de 1139 pour le pape Calixte II, l’identifia d’ailleurs comme le point de départ de l’une des quatre routes de France. Elle était, bien sûr, le siège épiscopal de Godescalc, l’un des premiers pèlerins étrangers à Saint-Jacques-de- Compostelle et probablement la première établie.

publié le 08/07/2014

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