Bibliothèque de l’Abbaye Cistercienne de Clairvaux à l’époque de Pierre de Virey (1472) - (Focus Mémoire du Monde)

Cet article est le sixième de notre série sur les biens français inscrits sur la liste "Mémoire du monde".

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© Richard de Hullessen

Patrimoine documentaire soumis par la France et recommandé à l’inscription au Registre Mémoire du monde en 2009.

Le projet

L’abbaye Cistercienne de Clairvaux fut fondée en 1115 par Bernard de Fontaines qui la dirigea jusqu’à sa mort en 1153. Elle était la troisième fille de Cîteaux, l’un des grands centres monastiques de la Chrétienté dont dépendaient à la fin du Moyen Âge 530 autres abbayes, fondées dans toute l’Europe.

Un inventaire réalisé en 1472 a permis la reconstitution de cet ensemble documentaire. Cet inventaire répertorie 1790 ouvrages dont 1115 ont pu être localisés dans diverses bibliothèques européennes.

La particularité de ce patrimoine documentaire réside dans la cohérence des principes qui ont présidé à sa constitution, alors que les bibliothèques du Moyen Age étaient souvent composées d’ouvrages de provenance hétérogène, et dans son exceptionnel état de conservation.

En effet, sur l’ensemble des manuscrits répertoriés dans l’inventaire de Pierre de Virey, seule une dizaine remonte à une époque antérieure à la fondation de l’abbaye. La Bibliothèque médiévale de Clairvaux représente très fidèlement bien l’activité du scriptorium de l’abbaye, depuis sa fondation jusqu’à la moitié du XIIIe siècle. Jusqu’au XIIIe siècle en effet, la bibliothèque s’est enrichie de nombreux ouvrages grâce à un rythme très élevé soutenu par le scriptorium.

Jusqu’au milieu du XIVe siècle, l’abbaye bénéficia également de donations, notamment grâce à ses liens avec l’Université de Paris. L’activité du collège saint Bernard permit aussi d’accroître le fonds de manuscrits universitaires.

Puis, les courants de pensée humanistes ont profondément marqué les abbés au début du XVe siècle. La bibliothèque connut alors un nouvel essor sous l’impulsion de l’abbé Pierre de Virey.

Ce précieux fonds documentaire recouvre tous les champs du savoir médiéval. Si la théologie reste la discipline la mieux représentée, Arts libéraux, droit, médecine, histoire, philosophie, littérature composent également cet ensemble documentaire unique.

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Manuscrits mentionnés Manuscrits conservés Manuscrits conservés à Troyes Manuscrits conservés dans d’autres établissements
Bibles 327 281 (85,83%) 274 (83,79%) 7
Pères de l’Eglise 247 207 (83,8%) 195 (78,95%) 12
Théologie 202 165 (81,68%) 160 (79,2%) 5
Sermons 178 114 (64,04%) 113 (63,5%) 1
Varia 105 59 (56,19%) 50 (47,62%) 9
Histoire 68 58 (85,29%) 42 (61,76%) 16
Droit 95 66 (69,47%) 61 (64,21%) 5
Sciences 151 71 (47,02%) 32 (21,19%) 39
Règles, définitions, chartes, privilèges de l’ordre 25 7 (28%) 7 (28%) 0
Total hors liturgie 1398 1028 (73,53%) 934 (66,81%) 94 (6,72%)
Livres liturgiques 392 87 (22,19%) 84 (21,43%) 3
Total 1790 1115 (62,29% 1018 (56,87%) 97 ( 5,42%)
Catalogues 3 3 2 1

©Editions du CNRS

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C’est en 1113 que Bernard de Fontaines entre dans l’abbaye de Cîteaux. Deux ans plus tard, il est envoyé avec douze moines pour fonder l’abbaye de Clairvaux. Très engagé dans les affaires de son temps, il conseille le Pape, les princes et les évêques de toute l’Europe, n’en demeurant pas moins présent dans son monastère.

Les moines de Clairvaux suivent la règle de saint Benoît. Travail, prière, et étude rythment leur quotidien. De nombreux livres accompagnent la prière : lectionnaires, psautiers, missels... Il en faut encore davantage pour étudier et méditer (commentaires de la Bible, ouvrages théologiques…).

La réalisation de ces livres représente une gigantesque entreprise. Un seul manuscrit nécessite des dizaines de peaux de moutons qui sont transformées en parchemins et des milliers d’heures de travail de moines copistes. La décoration est sobre. Saint Bernard impose des peintures monochromes, sans or ni motifs grotesques. Après sa mort, ses successeurs ont continué son œuvre en faisant de la bibliothèque de Clairvaux, en moins d’un siècle, une des plus grandes d’Occident avec près de 350 volumes.

La création d’un livre exigeait le savoir-faire d’au moins quatre moines, le parcheminier, le copiste, l’enlumineur et le relieur travaillant de concert. Le premier transformait les peaux en parchemins, sur lesquels le copiste recopiait les textes à la plume d’oie. Après que l’enlumineur ait illustré les pages de monochromes, le relieur finissait l’ouvrage.

Parmi les plus importants ouvrages conservés, nous citerons la Règle de saint Benoît, la Bible latine de Mons, la Grande Bible de Clairvaux, et les Évangiles glosées du collège saint Bernard.

Le plus ancien manuscrit subsistant de la bibliothèque de Clairvaux semble être cet exemplaire de la réfutation par saint Augustin de Faustus :

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©Direction des Archives et du patrimoine de l’Aube

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  • 1115 : fondation de l’abbaye par saint Bernard
  • Fin du 12e siècle : la bibliothèque de Clairvaux compte plus de 350 volumes et devient une des grandes bibliothèques d’Occident
  • 1472 : sous l’abbatiat de Pierre de Virey, un catalogue recensant 1745 volumes est réalisé
  • 1790-1795 : nationalisation de la bibliothèque de Clairvaux, qui comprend 2 000 à 2 500 volumes manuscrits et 31 000 imprimés ; transfert des collections à Troyes
  • 1940 : début des travaux d’André Vernet, de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes sur la bibliothèque de Clairvaux
  • 1979 : début d’une opération de catalogage scientifique de la bibliothèque de Clairvaux
  • 2009 : inscription des 1150 manuscrits subsistants au registre Mémoire du Monde de l’Unesco

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Grande bible de Clairvaux, vers 1150, initiale monochrome, Médiathèque du Grand Troyes.
© Grand Troyes / cliché P. Jacquinot

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publié le 17/01/2017

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