Arles, monuments romains et romans (1981)

Arles offre un exemple intéressant d’adaptation d’une cité antique à la civilisation de l’Europe médiévale. Elle conserve d’impressionnants monuments romains dont les plus anciens – arènes, théâtre antique, cryptoportiques – remontent au Ier siècle av. J.-C. Elle connut au IVe siècle un second âge d’or dont témoignent les thermes de Constantin et la nécropole des Alyscamps. Aux XIe et XIIe siècles, Arles redevint une des plus belles villes du monde méditerranéen. À l’intérieur des murs, Saint-Trophime avec son cloître est un des monuments majeurs de l’art roman provençal.

Arles
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Comme Vérone en Italie, Arles offre un exemple particulièrement significatif d’appropriation d’une ville antique par une civilisation du Moyen Âge de l’Europe. Fondée par les Phocéens au VIIe siècle av. J.-C. sous le nom d’Arelate, la ville dut sa prospérité au déclin de sa rivale, Marseille, sous le règne de l’empereur Auguste. Elle a conservé des monuments impressionnants dont les plus anciens, l’amphithéâtre, le théâtre romain et le cryptoportique (galerie souterraine) sont datés entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et celle du siècle suivant. Au cours du IVe siècle apr. J.-C., Arles s’éleva au rang de capitale politique et de métropole religieuse. Les thermes de Constantin, ainsi que les superbes sarcophages en marbre du cimetière des Alyscamps témoignent de ce deuxième âge d’or. Toutefois, la ville tomba aux mains des Barbares en 480.

Le déclin qui suivit fut terrible pour la ville qui ne retrouva son rôle de capitale qu’au IXe siècle, avec la création d’un royaume indépendant. Successivement territoire de l’Empire et fief des comtes de Provence, Arles était l’une des plus belles villes médiévales du monde méditerranéen. Des voyageurs venus de tous les horizons ont décrit ses monuments avec enthousiasme.

Le théâtre romain a été construit à la fin du Ier siècle av. J.-C. Sa cavea pouvait contenir 10 000 spectateurs répartis sur 33 files de sièges. Son mur de scène majestueux était décoré de colonnes et de statues ; le Musée archéologique de la ville conserve deux colonnes et différentes sculptures. À partir du Ve siècle, le théâtre fut occupé par des édifices privés ou ecclésiastiques, démolis à partir de 1834. À cette époque, une partie de l’orchestra avec son précieux sol de marbre, l’espace occupé par la machinerie utilisée pour lever ou abaisser le rideau, une partie des gradins et du mur externe, conservés à l’intérieur de la tour de Roland, furent restaurés et mis en valeur.

L’amphithéâtre construit vers 90 apr. J.-C., avec sa capacité d’accueil de 20 000 spectateurs, compte au nombre des plus grands du monde romain. Combats de gladiateurs et chasses d’animaux sauvages y ont été donnés jusqu’à la fin du Ve siècle. Au cours du Moyen Âge, l’édifice devint une forteresse à l’intérieur de laquelle se trouvaient 2 chapelles et 212 maisons. Ces constructions abusives ont été détruites en 1825. Les galeries souterraines du cryptoportique faisaient office de fondation du forum, le centre politique, religieux et commercial de la ville romaine ; elles ont été construites en 30 av. J.-C. sur le flanc de la colline, grâce à d’énormes opérations de remblaiement et de nivellement. Le cryptoportique en U est formé de trois galeries doubles couvertes en berceau, orthogonales entre elles, et qui sont divisées par des files de piliers massifs sur lesquels reposent des arcs en anse de panier. Des boutiques ouvrant vers l’extérieur y furent installées vers la fin de l’Empire romain.

À l’époque romaine, Arles était entourée de nécropoles dont l’une, située sur la via Aurelia, fut plus tard nommée Les Alyscamps. Ce cimetière prit toute son importance par la suite, lorsque le martyr chrétien saint Genest et les premiers évêques d’Arles y furent enterrés. En 1040, le site devint le siège du prieuré de Saint-Honoré, l’une des étapes obligatoires sur la route de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. Aujourd’hui, un sentier bordé de multiples sarcophages, immortalisé par Van Gogh et Gauguin, mène à l’église Saint-Honorat. Cette dernière, reconstruite au XIIe siècle en style roman, est couronnée par une splendide lanterne octogonale inspirée de l’architecture de l’amphithéâtre romain. L’église Saint-Trophime et son cloître forment un ensemble roman exceptionnel, profondément influencé par l’art antique.

Du côté opposé du Rhône, les thermes de Constantin ont été construits au cours du IVe siècle à l’intérieur d’un complexe comportant différents édifices. Ils conservent encore aujourd’hui leurs pièces chaudes, leurs piscines et leur système de circulation de l’air chaud qui passait de l’hypocauste, reposant sur des pilettes de brique, aux briques creuses (tubuli) plaquées contre les murs. Formés d’assises alternées de briques et de petits blocs équarris de calcaire, les murs dessinent une abside semi-circulaire qui était éclairée par trois hautes baies surmontées par un arc en plein cintre et couverte par une magnifique voûte en cul-de-four ; les bains chauds, les bains froids et le gymnase (palaestra) se trouvent au sud.

publié le 08/07/2014

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