Adoption d’une résolution sur la lutte contre les violences liées au genre en milieu scolaire présentée par la France au Conseil exécutif de l’UNESCO

Le Conseil exécutif de l’UNESCO a adopté jeudi 16 avril 2015 la résolution196 EX/30 « Apprendre sans peur : prévenir et combattre les violences liées au genre en milieu scolaire » présentée par la France.

Cette résolution, coparrainée par 58 Etats, marque une avancée cruciale dans la reconnaissance de cette problématique taboue et méconnue, pourtant considérée comme un obstacle majeur à la réalisation de l’égalité de genre à l’école.

Elle fournit pour la première fois un cadre de compréhension commun du phénomène et appelle l’UNESCO ainsi que ses Etats membres à concevoir et mettre en place des politiques et des plans d’action nationaux pour mieux les prévenir et les combattre.

Le projet de résolution invite enfin la Directrice générale à poursuivre le plaidoyer en faveur du droit à l’éducation dans un environnement sûr, exempt de violence et accessible à tous les garçons et les filles dans l’agenda pour le développement et le cadre d’action post-2015.

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Apprendre sans peur : prévenir et combattre les violences liées au genre en milieu scolaire

Indifférentes à l’âge, à la situation sociale, à la géographie et à la culture, les violences liées au genre constituent une violation grave des droits de l’Homme et sont souvent tolérées et entretenues par les institutions mêmes supposées les combattre.

L’école, qui devrait être un espace sûr et accessible à tous les garçons et les filles, peut ainsi devenir, partout dans le monde, un lieu où les enfants sont exposés à diverses formes de violences liées au genre. On parle alors de « violences liées au genre en milieu scolaire » (VGMS). Si ces violences demeurent majoritairement invisibles et impunies, le Rapport mondial de suivi de l’EPT (Education pour tous) estime toutefois à 246 millions le nombre d’élèves pouvant faire l’objet de harcèlement ou d’agressions sur le chemin ou dans l’enceinte de l’école chaque année.

Les garçons comme les filles peuvent en être les cibles. Les filles restent cependant les plus exposées, aux violences sexuelles en particulier. Les garçons font quant à eux plus souvent l’objet de châtiments corporels sévères et de la violence des bandes. Des facteurs ont été identifiés comme accentuant le risque d’être victime de ces violences, comme la pauvreté ou l’appartenance à un groupe marginalisé. Le fait d’être victime ou simplement menacé de VGMS affaiblit l’estime de soi, affecte les performances scolaires et peut provoquer l’abandon des études. Aux conséquences psychologiques néfastes qui en résultent, viennent souvent s’ajouter, pour les filles, de graves conséquences en termes de santé sexuelle et reproductive. De fait, les violences liées au genre en milieu scolaire représentent un obstacle majeur à la réalisation de la scolarisation universelle et au droit à l’éducation des filles.

Pour mémoire, le Cadre d’action de Dakar (objectif 5 de l’Education pour tous) et les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD 3) avaient l’ambition d’instaurer l’égalité des sexes à tous les niveaux d’enseignement d’ici à 2015. C’est peu dire que le compte n’y est pas : en 2014, 32% des filles n’achèvent pas un cycle complet d’éducation et 39 millions des 11-15 ans sont déscolarisées. Les filles continuent de faire face à des barrières spécifiques et leur présence à l’école diminue à mesure qu’elles gravissent les échelons de la scolarité.

Une compréhension fine de ces violences, en particulier des stéréotypes et inégalités structurelles sur lesquelles elles reposent, est essentielle pour permettre aux institutions éducatives de prévenir ces actes, protéger les enfants et contribuer au changement des mentalités. Or, à ce jour, les données permettant d’élaborer des réponses efficientes demeurent partielles et insuffisantes.

Si cette problématique n’est pas nouvelle, la prise de conscience internationale progresse : ces violences affectent un nombre croissant d’enfants et sont exacerbées dans les contextes de conflit. L’ensemble du système des Nations Unies est concerné, dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ou de celles faites aux enfants.

La France participe à la mobilisation, conformément à ses engagements en faveur de l’égalité femmes/hommes et de l’éducation pour tous. Engagements qu’elle partage avec l’UNESCO, qui a fait de l’égalité des genres l’une de ses deux priorités globales pour la période 2014-2021, et travaille activement à sa promotion dans les systèmes éducatifs et les processus d’apprentissage par l’élaboration de politiques éducatives, de programmes, de contenus et de formations.

En avril 2014, la France, l’UNESCO et l’Initiative des Nations unies pour l’éducation des filles (UNGEI) ont réuni à Paris plus d’une trentaine d’institutions onusiennes, de gouvernements, d’agences de développement, d’organisations de la société civile et d’instituts de recherche qui ont décidé la création d’un Groupe de travail international dédié à la lutte contre les violences liées au genre en milieu scolaire.

Le 8 octobre 2014, à l’occasion de la Journée internationale des filles, la Secrétaire d’Etat au développement et à la Francophonie Annick Girardin a annoncé, en présence de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, l’intention de la France de proposer une résolution sur les violences liées au genre en milieu scolaire au Conseil exécutif de l’UNESCO. A l’heure du bilan des OMD et de l’EPT, il importe en effet que la question soit prise en compte dans l’agenda du développement post-2015 afin de garantir à toutes et à tous le droit à une éducation de qualité. Du fait de sa compétence normative, de son savoir-faire en matière de renforcement des capacités et de sa mission de coordination des consultations sur l’agenda de l’éducation post-2015, l’UNESCO a une vocation naturelle à jouer un rôle d’impulsion, de coordination, de plaidoyer et de soutien à la mise en œuvre des réponses aux violences liées au genre dans le secteur éducatif.

Le projet de résolution invite l’UNESCO, ainsi que ses Etats membres, à réaffirmer leur mobilisation contre les VGMS et toutes les formes de violences à l’école ; à concevoir et mettre en place des politiques et des plans d’action nationaux ; à promouvoir des espaces d’apprentissage sûrs, exempts de violence et accessibles à tous les garçons et les filles.

Le projet de résolution invite enfin la Directrice générale à soumettre au prochain Conseil exécutif une feuille de route indicative pour mieux combattre les violences liées au genre en milieu scolaire.

publié le 24/04/2015

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