194e session du Conseil Exécutif : discours de SEM P. Lalliot

Son Excellence Monsieur Philippe Lalliot a prononcé un discours en séance plénière lors de la 194e session du Conseil Exécutif, le 8 avril 2014.

Madame la Directrice générale
Monsieur le Président de la Conférence générale,
Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Frédéric Rossif avait eu cette savoureuse boutade qui était aussi un oxymore : "L’Unesco ? Inutile comme Mozart".

Unique en son genre, l’UNESCO n’a cessé depuis bientôt 70 ans de favoriser la libre circulation des idées, de contribuer au rapprochement des cultures et des hommes, de travailler à l’édification de la paix. Elle l’a fait et continue à le faire avec des moyens limités, surtout dans la période la plus récente, au prix d’importants efforts de restructuration.

C’est tout d’abord pour ces efforts que je souhaiterais vous exprimer mes remerciements, Madame la directrice générale. Car les conséquences de cette crise sont importantes, pour ne pas dire douloureuses, pour les programmes mais aussi pour le personnel de l’UNESCO. Nous sommes à cet égard très attentifs aux modalités d’accompagnement et de formation du personnel qui sera redéployé.

Cet effort de réforme, il faut de toute évidence le poursuivre. Car une UNESCO plus efficace, plus cohérente, sera aussi une UNESCO plus puissante. Je suis convaincu que l’UNESCO peut ressortir de cette crise renforcée dans ses missions, dans son mandat, dans son image.

Je crois aussi que le temps est venu, pour l’UNESCO et pour nous, États membres, d’écrire une nouvelle page de l’histoire de l’Organisation. Dans la lignée des pères fondateurs de l’UNESCO, soyons ambitieux pour cette organisation singulière, cette « Organisation noble et fraternelle », selon les mots du général de Gaulle.

L’UNESCO est en effet plus que jamais nécessaire à la sécurité et à la paix internationales, à la construction de cet « esprit de Paix » dont parlait Léon Blum, plus que jamais nécessaire aussi pour promouvoir un développement équitable, un développement durable.

Notre souhait, mon souhait, c’est celui d’une UNESCO fidèle à ses valeurs fondatrices, engagée pour répondre aux défis de notre monde, portée par des États membres qui s’efforcent de donner toute la visibilité et la cohérence nécessaires à son action.

Dans la période de profonds bouleversements que nous traversons, nous avons besoin d’une UNESCO engagée. Engagée, elle l’est lorsqu’elle défend les droits de l’homme et la liberté d’expression. Elle l’est lorsqu’elle se mobilise pour la protection des journalistes. Elle l’est lorsqu’elle promeut le multilinguisme et l’enseignement des langues, fondements de cette diversité culturelle qu’elle incarne si bien.

Elle l’est pour répondre aux menaces qui pèsent sur notre patrimoine et donc sur notre histoire commune. Ce fut le cas au Mali, et le lancement officiel des travaux de reconstruction des mausolées de Tombouctou est à cet égard un succès pour l’UNESCO dont nous nous félicitons. C’est aussi le cas en Syrie, où l’UNESCO a pris la tête des efforts de la communauté internationale pour dénoncer la destruction et le pillage des plus beaux sites de Syrie et préserver la mémoire de son peuple.

Engagée, l’UNESCO doit continuer à l’être pour préparer l’avenir. Les défis sont nombreux. Je me bornerai à n’en citer que trois pour lesquels l’action de l’UNESCO nous semble particulièrement attendue et nécessaire.

Premièrement, le nouvel agenda pour le développement, dit agenda post-2015. L’UNESCO a accompli un travail remarquable pour faire reconnaitre le droit à l’éducation, en particulier celui des filles, et promouvoir un objectif dédié à l’éducation. La France appuie également vos efforts, Madame la directrice générale, pour défendre le rôle essentiel de la culture comme condition et catalyseur du développement.

Deuxième défi essentiel : la lutte contre le changement climatique. L’UNESCO a en effet un rôle clé à jouer pour sensibiliser et mobiliser la société civile, en particulier les jeunes, pour contribuer à élaborer des réponses aux dérèglements déjà manifestes. La France compte à cet égard travailler main dans la main avec l’UNESCO, à commencer par ses grands programmes scientifiques, pour préparer la conférence Paris Climat 2015.

Le numérique enfin, qui pose dans des termes nouveaux la question de la protection de la diversité culturelle mais constitue aussi une réelle opportunité de développement, notamment au travers des industries culturelles. J’espère à cet égard que les initiatives françaises, et je pense notamment au Forum de Chaillot qui vient de se tenir, permettront de nourrir le débat au sein de l’UNESCO et de dessiner des solutions nouvelles pour l’avenir.

La France souhaite vous assurer, Madame la directrice générale, de son soutien, et de son souhait d’assumer pleinement son rôle d’État fondateur de l’organisation et d’État du siège. L’UNESCO n’est pas pour nous une agence technique cantonnée à des sujets périphériques. Elle est une organisation politique qui doit exercer pleinement l’ensemble de ses missions et tenir ainsi toute sa place au sein du système des Nations Unies.

La France souhaite que ce rôle de soutien et de proposition soit aussi celui des organes directeurs de l’UNESCO, et notamment du Conseil exécutif qui se réunit aujourd’hui. Un rôle de réflexion, de discussion et de décision, dans une approche que nous voulons résolument constructive et confiante.

Ensemble, confortons l’UNESCO comme lieu de dialogue, à l’abri des affrontements idéologiques ; conjuguons le rôle de l’organisation en tant que forum de pensée et son rôle de catalyseur de projets ; imposons, dans tous ses domaines de compétences, la qualité de son expertise ; démontrons sa capacité d’adaptation à un monde en perpétuel mouvement ; associons mieux encore les forces vives de nos pays respectifs ; faisons en sorte que l’UNESCO soit plus que jamais un laboratoire d’idées, un pont jeté entre toutes les cultures, dans le respect de chacune d’entre elles.

Ensemble, il n’y a rien qui soit hors de notre portée, si nous savons ne pas nous disperser dans des querelles stériles, si nous savons nous concentrer sur l’essentiel.

Je vous remercie./.

publié le 20/04/2016

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